Saison 3 Les Grecs et l’invention d’une nouvelle manière de penser le ciel

Épisode 8 Claude Ptolémée : l’homme qui cartographia le cosmos

Lorsque Claude Ptolémée commence à travailler à Alexandrie, au IIᵉ siècle de notre ère, plusieurs siècles d’observations astronomiques sont déjà derrière lui.

Les Babyloniens ont accumulé d’immenses archives. Les Grecs ont développé la géométrie et les modèles du cosmos. Hipparque a mesuré les étoiles avec une précision remarquable. Il reste pourtant une tâche immense. Rassembler cet héritage. L’organiser. Le rendre cohérent. C’est précisément ce que va accomplir Ptolémée.

Nous savons finalement peu de choses de sa vie. Il vécut probablement entre les années 100 et 170 de notre ère et travailla principalement à Alexandrie, alors l’un des plus grands centres intellectuels du monde antique. Son œuvre la plus célèbre est un traité monumental d’astronomie que les générations suivantes appelleront L’Almageste. Son titre original grec était La Grande Composition Mathématique. Le nom Almageste viendra plus tard de la traduction arabe Al-Majisti, « le Très Grand ». Ce changement de nom résume à lui seul le destin exceptionnel de cet ouvrage. Pendant près de quinze siècles, il constituera la principale référence astronomique du monde méditerranéen, du Moyen-Orient puis de l’Europe.

Que contient exactement cet ouvrage ?

Avant tout, une immense synthèse.

Ptolémée rassemble les observations héritées de ses prédécesseurs, en particulier celles d’Hipparque, les complète par ses propres travaux et construit un modèle géométrique destiné à représenter les mouvements apparents des astres. Il ne cherche pas encore à décrire l’Univers tel qu’il est réellement. Son objectif est différent. Il veut construire un modèle capable de prévoir avec précision les positions du Soleil, de la Lune et des planètes.

Pour y parvenir, il développe un système complexe de cercles appelés déférents et épicycles.

Aujourd’hui, ce modèle peut sembler étrange. Nous savons que les planètes tournent autour du Soleil selon les lois décrites par Kepler et Newton. Mais au IIᵉ siècle, le système de Ptolémée représente une réussite remarquable. Il permet d’expliquer les mouvements rétrogrades apparents des planètes, leurs variations de vitesse et leurs positions avec une précision largement suffisante pour les observations de l’époque. Cette réussite explique sa longévité. Le modèle fonctionne. Pendant des siècles, les astronomes continueront de l’améliorer sans remettre en cause son principe fondamental : une Terre immobile située au centre du cosmos. Il serait donc injuste de considérer Ptolémée comme un astronome « dans l’erreur ». Il construit le meilleur modèle possible à partir des observations disponibles. C’est précisément ainsi que progresse la science. Chaque époque élabore des représentations qui rendent compte des connaissances dont elle dispose. Lorsque de nouvelles observations apparaissent, ces modèles évoluent.

Ptolémée excelle également dans un autre domaine. La précision. Son catalogue d’étoiles reprend largement les travaux d’Hipparque tout en les actualisant. Il décrit plus d’un millier d’étoiles réparties en quarante-huit constellations, qui serviront de référence pendant de nombreux siècles. Cette cartographie du ciel exercera une influence immense. Les astronomes arabes la conserveront, la corrigeront et la transmettront ensuite à l’Occident médiéval. Le travail de Ptolémée ne disparaîtra donc jamais complètement. Il traversera les civilisations.

Les traducteurs syriens, arabes puis latins permettront à son œuvre de franchir les siècles. Même Copernic, qui remettra en cause le géocentrisme, connaissait parfaitement L’Almageste.

L’histoire des sciences ne procède pas par destruction. Elle progresse en s’appuyant sur les travaux des générations précédentes. Le modèle de Ptolémée sera finalement remplacé. Mais sa méthode demeurera.

Observer avec précision. Construire un modèle cohérent. Le confronter aux observations. L’améliorer lorsque de nouveaux faits apparaissent.  Cette démarche reste encore aujourd’hui celle de toute recherche scientifique.

Pour l’histoire de l’astrologie, l’œuvre astronomique de Ptolémée revêt également une importance considérable. Une astrologie sérieuse ne pouvait exister sans une connaissance rigoureuse des positions des astres. En fournissant les outils nécessaires au calcul du ciel, L’Almageste allait devenir le fondement astronomique sur lequel s’appuiera son second grand ouvrage. Car Ptolémée n’était pas seulement astronome. Il était aussi astrologue. Dans un traité intitulé Le Tétrabible, il entreprendra de rassembler et d’organiser les connaissances astrologiques de son époque avec la même exigence de cohérence que celle qui caractérise son œuvre astronomique.

Ce livre exercera une influence considérable pendant près de dix-huit siècles. C’est lui que nous découvrirons dans notre prochain épisode.

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