Saison 4 L’astrologie dans l’Empire romain
Épisode 2 Tibère : l’empereur qui mettait les astrologues à l’épreuve
Au Ier siècle de notre ère, l’Empire romain est à son apogée. Des routes relient des milliers de kilomètres de territoires. Les marchandises circulent d’une province à l’autre. Les idées voyagent avec les marchands, les soldats, les savants… et les astrologues. Jamais l’astrologie n’a connu une telle popularité. Mais cette popularité inquiète aussi le pouvoir. Car une question revient sans cesse.
Qui sera le prochain empereur ?
À Rome, cette interrogation n’est pas anodine. Prédire la mort d’un souverain ou annoncer l’arrivée d’un successeur peut être interprété comme une menace politique. Une simple rumeur est parfois capable de déclencher des complots ou d’alimenter des ambitions dangereuses.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la figure de Tibère. Successeur d’Auguste, il règne de l’an 14 à l’an 37 de notre ère. Les auteurs antiques le décrivent comme un homme prudent, réservé, parfois méfiant, voire profondément secret.
Parmi les nombreux récits qui entourent son règne, plusieurs concernent l’astrologie. Selon Suétone, Tibère s’intéressait personnellement aux calculs astrologiques.
Durant son séjour sur l’île de Capri, il aurait reçu de nombreux astrologues désireux de démontrer leur compétence. Mais l’empereur ne leur accordait pas facilement sa confiance. Une tradition célèbre raconte qu’il soumettait ses visiteurs à une étrange épreuve. Avant de les consulter sérieusement, il leur demandait de dresser leur propre horoscope ou de prévoir leur propre destinée. S’ils échouaient ou révélaient une incompétence manifeste, leur sort pouvait devenir très périlleux.
Certaines versions rapportent même que les imposteurs étaient précipités du haut des falaises de Capri. Cette histoire est souvent reprise dans les ouvrages consacrés à l’astrologie antique. Faut-il la considérer comme un fait historique ? La prudence s’impose. Les principaux témoignages proviennent d’auteurs qui écrivent plusieurs décennies après la mort de Tibère. Ils mêlent parfois des faits bien établis à des anecdotes destinées à souligner le caractère de l’empereur. Les historiens modernes estiment donc qu’il est difficile de vérifier les détails de ce récit.
En revanche, un point paraît beaucoup plus solide. Tibère accordait une réelle importance aux astrologues. Il entretenait notamment des relations avec un célèbre astrologue nommé Thrasyllus de Mendès. Originaire d’Égypte, Thrasyllus était également philosophe, grammairien et spécialiste des œuvres de Platon. Il devint l’un des proches conseillers de l’empereur et jouit d’une influence durable à la cour. Sa présence montre que certains astrologues bénéficiaient d’un véritable prestige intellectuel. Ils n’étaient pas de simples devins. Beaucoup maîtrisaient également les mathématiques, l’astronomie, la philosophie ou la littérature.
Cette polyvalence rappelle les grandes traditions savantes héritées d’Alexandrie. Sous le règne de Tibère, l’attitude du pouvoir envers l’astrologie demeure pourtant ambivalente. L’empereur consulte certains astrologues. Mais il cherche également à contrôler leur activité. Plusieurs édits impériaux limitent les consultations portant sur le destin de l’État ou sur la succession impériale. La raison en est simple. L’astrologie devient une affaire politique. Un horoscope annonçant la chute d’un empereur pouvait nourrir les ambitions d’un rival. Une prédiction favorable pouvait renforcer le prestige d’un prétendant au pouvoir. Dans un empire aussi vaste que Rome, les mots circulent rapidement. Les autorités comprennent que certaines prédictions peuvent influencer les comportements bien avant que les événements ne se produisent. L’astrologie acquiert ainsi un pouvoir nouveau. Non parce qu’elle permettrait nécessairement de connaître l’avenir, mais parce que les hommes agissent parfois en fonction de ce qu’ils croient entendre. Cette observation demeure étonnamment actuelle. Les représentations que nous nous faisons de l’avenir peuvent influencer nos décisions présentes. Les Romains l’avaient déjà compris.
L’histoire de Tibère nous montre ainsi que l’astrologie n’est plus seulement une discipline savante. Elle devient un phénomène social et politique. Elle suscite l’intérêt des empereurs. Elle alimente les conversations. Elle inspire autant la confiance que la méfiance. Le ciel est désormais descendu dans les affaires des hommes. Dans le prochain épisode, nous découvrirons une autre figure majeure de cette époque : Marcus Manilius. Avec son œuvre intitulée Astronomica, il offrira l’un des plus beaux témoignages de la manière dont les Romains percevaient l’astrologie, à la croisée de la poésie, de la philosophie et de l’observation du ciel.
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